Une brève histoire du village
Tourtouse est un village chargé d’histoire, dont les origines remontent à la nuit des temps.
Son patrimoine et son évolution reflètent les grandes étapes de la région,
entre influences médiévales, révolution industrielle et traditions rurales.

Des origines lointaines
Les premières traces d’occupation humaine autour de Tourtouse datent de la préhistoire, comme en témoignent des outils en silex retrouvés sur un site archéologique en cours de fouilles sur la commune.
Cependant, c’est à l’époque romaine que le territoire commence à se structurer, avec des voies de communication reliant les premiers villages des vallées ariégeoises.
L’origine du nom du village est probablement liée au méandre tortueux de la rivière qui enserre le donjon et ses remparts.
Voici notamment ce qu’en écrit Florence Guillot, archéologue et historienne * :
« Le toponyme de Tourtouse est rarissime en France et ne peut pas être comparé au Tortosa espagnol, dont la forme ancienne est Dertusa. Celle de Tourtouse est Tortoz en 1195, le z remplaçant bien évidemment le son s des langues romanes. […] Il y a peu de doute sur l’origine de Tourtouse, qui est un terme roman (occitan ancien) et qui décrit le méandre de la confluence. En effet, en occitan moderne, tortueux se dit tortuós, forme très proche du Tortoz/Tortos des actes anciens. Ce toponyme […] est descriptif de la boucle de la rivière dans laquelle le village est construit. »
* Florence Guillot, Tourtouse. Le village castral, le palais épiscopal et l’église Notre-Dame de l’Assomption – étude archivistique et bibliographique, 2024
Les première traces historiques dans le Moyen Âge
C’est en 1195, dans une bulle du pape Célestin III, par laquelle il prend sous sa sauvegarde les biens de l’évêché de Couserans, que l’on trouve la première mention de Tourtouse, « Tortoz ». Le village faisait alors partie, du domaine temporel des évêques de Saint-Lizier ; ils en étaient co-seigneurs avec les chanoines du chapitre cathédral.
A cette même époque, l’évêque Laurent donna ce château en commende (usufruit) au Chevalier de Tersac, à condition qu’il assure la défense de ces terres, convoitées durant tout le XIIe siècle par les comtes de Comminges. Il faisait partie d’une ligne de châteaux et de tours de guet qui, de Cérizols à Montardit, servaient à protéger les gens et les biens contre les chevauchées dévastatrices de ces terribles voisins.
Le château féodal était construit sur une barre rocheuse à l’intérieur d’un méandre de la rivière, qui lui assurait une première ligne naturelle de défense. Il comprenait des corps de bâtiments, de part et d’autre d’un donjon et une église; le tout étant ceinturé de remparts dont une partie existe encore.
Au XIVe, en raison de l’insécurité entraînée par la Guerre de Cent Ans, ces fortifications seront reprises et le donjon surélevé. Puis le silence s’installe sur Tourtouse, et ce n’est qu’à la fin du XVIe siècle que sa trace réapparaît dans l’histoire, lors des guerres de religion.
Texte : Christiane Miramont

Les guerres de religions et la Renaissance
Durant les derniers jours de juillet 1569,
les troupes protestantes, commandées par Montgoméry, ravagèrent tout le Volvestre et notamment le village de Tourtouse, mettant le feu à l’église et aux récoltes, entraînant une grande misère. « Ils n’y ont rien laissé que tout pilhé et vollé, tué et meurtris les pouvres habitans et en avoir admené leur bestailh, violé femmes et filhes et faict plusieurs aultres excez et insolences, tellement que les pouvres habitans ont esté contrainctz abandonner et laisser leurs biens pour sauver leurs vies et aller mendier sà et là. »
Ces événements marquèrent les esprits, comme en témoigne la chapelle Sainte Barbe, construite un peu plus haut sur la colline pour remplacer un temps l’église détruite.
Tourtouse retrouve ensuite quelque gloire au XVIIe siècle, en devenant pour quelques années la résidence de l’évêque Bruno de Ruade. Né à Paris vers 1579, il fut dans sa jeunesse page du Maréchal de Biron et fut blessé, en 1590, à la bataille de Vernon-sur-Eure, opposant catholiques et protestants. Il fit ensuite ses études à la Sapience à Rome et obtint, en 1608, le double diplôme de docteur en philosophie et en théologie.
A son retour à Paris, il entra à la Chartreuse de Vauvert, mais loin de mener la vie austère des chartreux, il fréquenta très vite les hauts personnages de la Cour du roi Louis XIII, qu’il espionnait pour le compte de son ami, le nonce apostolique Bentivoglio. Et c’est sur sa recommandation que le roi le nomma, en 1622, évêque de Couserans « pour ses vertus, mérites et grande doctrine » avec, selon le chanoine Contrasty, le titre de « prince évêque ». Enfin, en 1623, il fut également nommé Conseiller du Roi. Grand érudit, amateur de beaux meubles, il était aussi un fin gourmet, auquel il ne fallait servir pas moins de six plats par repas avec toujours un poisson et beaucoup de desserts.
D’un tempérament autoritaire, il résolut, dès son arrivée comme évêque du Couserans, de réformer son chapitre ; cela lui valut, de la part des chanoines, des « persécutions » et de nombreux procès. On dit même qu’un jour, ils le précipitèrent dans un puits. Il se réfugia alors à Tourtouse, « aimant mieux vivre seul avec des paysans qu’à Saint-Lizier avec de tels chanoines ». Il y fit construire un château qu’il orna de meubles précieux, de tentures de cuir et de haute lisse, de tableaux et d’orfèvrerie. De plus, il réédifia l’église qu’il avait trouvée ruinée et lui offrit des ornements. Il fit également bâtir un grand corps de logis et des greniers à blés. Un grand jardin était établi le long de la rivière, enclos de murailles, avec à un bout un vivier et à l’autre un pavillon qui existe toujours et où il allait, l’été, se retirer pour prier. Il légua les diverses métairies qui complétaient ses possessions à Tourtouse à ses serviteurs, sous la réserve qu’ils demeurent dans ce lieu qu’il aimait et où il souhaitait être enterré.
Mais les chanoines ne le laissèrent pas jouir de la paix qu’il avait cru trouver ici et vinrent l’y poursuivre. Gravement malade, il renonça à son évêché en 1642 et se retira à la Chartreuse de Toulouse, où il mourut dans la nuit du 2 au 3 février 1645. Contrairement à son désir, son corps ne fut pas ramené ici, mais sa dalle funéraire se trouve toujours dans l’église de Tourtouse.
Tourtouse tel qu’on le voit actuellement, doit beaucoup à cet évêque, notamment le cœur du bourg. Malheureusement, pour construire son château, il a utilisé les pierres de l’ancien château féodal, déjà en partie ruiné, et de ce fait, seule notre imagination peut nous restituer ce qu’était la motte féodale au Moyen-Age.
Texte : Christiane Miramont
- Consulter les archives départementales de l’Ariège à Foix
- Explorer les sentiers historiques balisés autour du village (tracés disponibles auprès de l’Office de tourisme, et prochainement sur ce site)
- Consulter les ouvrages locaux, comme les publications de la Société des études du Comminges ou celles de la Société Ariégeoise des Sciences, Lettres et Arts
- Lire le rapport sur l’opération archéologique menée en 2010 sur la motte féodale
- Lire Les Pyrénées ariégeoises, de la préhistoire au XXIe siècle, articles de Michel Bégon
- Consulter le diagnostic sur le patrimoine culturel et historique du territoire établi en 2022 par le Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises
